Francine était très émue quand elle nous a donné le petit trousseau de Haïlé remplit de souvenirs, dont quelques vêtements, des petites peluches dont un doudou lapin bleu et une peluche « boîte à musique » qui s’accroche au lit. Lorsque l’on tire la ficelle, elle joue la fameuse berceuse Brahms… (nous y reviendrons plus tard…). Elle nous a aussi donné un album avec une centaine de photos prises depuis son arrivée à la pouponnière, ainsi qu’un livret remplit à la maternité, avec son bracelet et des photos. Tout ceci était accompagné d’une très jolie surprise. Un cadre avec deux photos de nous trois prises le premier jour de notre rencontre et décoré des empreintes de mains et pieds de Haïlé, faites à la peinture. Nous avons été touchés et très émus. On quitte la pouponnière tous les trois, le cœur lourd et heureux. Tellement d’émotions, tellement de belles choses et de bonnes ondes.

Nous voilà en route pour une nouvelle aventure ! Celle d’être parents, celle de construire notre famille. Bon, nous gardons tout de même à l’esprit que tout n’est pas joué ; nous allons être régulièrement visité à domicile, pendant les six prochains mois. Je ne vous cache pas qu’une certaine inquiétude s’installe, n’ayant jamais évoqué cette possibilité durant les cinq années d’attente de l’obtention de l’agrément… on ne sait pas trop à quoi s’attendre. Le directeur de service avait d’ailleurs un peu assombri la première visite à la pouponnière, juste avant de découvrir notre pépite, en nous racontant qu’à tout moment pendant les six mois à venir, l’enfant pourrait nous être retiré. Mais nous ne savons pas réellement dans quelles conditions. S’il y a maltraitance par exemple, je pense que c’est rassurant (et dommage que ça ne soit pas fait dans toutes les familles… utopique mais bon…). De notre côté, nous n’avons que de l’Amour à lui donner. Il nous explique que la petite fille placée avant Haïlé a dû être retirée de sa famille après quelques semaines, car la maman n’y arrivait pas, elle avait exprimé le sentiment de ne pas se sentir comme étant sa mère. Cela me semblait complètement insensé quand on voit et connaît le parcours pour arriver jusque là.

On se replonge rapidement dans notre bulle de bonheur et nous partons à la rencontre de nos proches, avant de passer notre première nuit à la maison. La première rencontre avec ma sœur Alexis et ma maman fut intense. Nous avons encore beaucoup pleuré, de joie… c’était tellement fort. Comme avec ma belle-mère, des moments figés dans le temps. Jamais je n’oublierai le regard de pépère Jacques et mamie Paola, leurs yeux pétillants, l’Amour de mes grands-parents pour leur arrière petit-fils. C’était magique. Haïlé a aussi eu la chance de faire la connaissance de mon grand-père vivant au Portugal et venue à cette période en France. Mon père et sa famille était eux aussi très heureux.

Il y a eu un élan d’amour, de générosité, autant des gens qui nous entourent que des gens du village où l’on travaille. Les nombreux cadeaux et mots d’affection reçus étaient surprenants et inattendus. Tous nous ont dit que ce que nous avions fait était merveilleux, généreux, que c’était plus beau et plus fort qu’une naissance ! Mais pour nous cela a toujours été naturel, Haïlé est notre fils depuis cet appel téléphonique du 21 mai 2010. Nous n’en avons jamais douté, sans même l’avoir vu. Même nos deux boules de poils, Sencey et Kheira l’ont de suite accepté et ont été adorables et protecteurs. Tout était fluide et naturel, tout se passait extrêmement bien. Haïlé a trouvé ses marques et repères facilement. J’ai adoré le bercer, lui faire écouter et chanter des chansons, comme « une chanson douce » de Henri Salvador, « I’m Yours » de Jason Mraz en version live à Séoul, qui est d’ailleurs sa préférée et qu’il jouait (enfin essayait) plus grand au ukulélé et me demandait de prendre le djembé. La chanson qui l’endormait bien c’était « somewhere only we know » de Keane… en passant par « Paradise » et d’autres de Coldplay, Bruno Mars, Pentatonix, Train, Gotye, « I’ll be missing you » de Puff Daddy marchait bien aussi, « Price Tag » version acoustique de Jessis J également… et beaucoup d’autres… mais je finirai par l’incontournable « somewhere over the rainbow », superbe berceuse avec de merveilleuses paroles comme cet extrait traduit : « un jour dans une berceuse, quelque part au-delà de l’arc-en-ciel, les oiseaux bleus volent et les rêves dont tu as rêvé, ces rêves se réaliseront, un jour je ferai un souhait en regardant une étoile… »

La première visite de l’assistante sociale arriva. Elle a pu constater que tout le monde allait bien, surtout Haïlé. Il a pris du poids, il dort sereinement, il sourit, il est heureux ! Elle le connait bien, elle le suit depuis sa naissance. C’est elle qui l’a accompagné de la maternité à la pouponnière et lui a rendu visite tout au long de son parcours, jusqu’à chez nous. Elle nous dit de suite, qu’elle pourra espacer ses visites. Nous sommes rassurés. Haïlé est un enfant sage, facile et joyeux. Chaque soir, il dort dans son lit et je lui lis le livre « Notre Petit Lapin », qui raconte l’histoire d’un petit lapin qui est adopté par une maman vache et un papa cheval. Il se découvre un jour dans une flaque d’eau et voit qu’il ne leur ressemble pas… Il apprend alors qu’il a été adopté. C’est une très belle histoire qui permet d’expliquer le parcours adoptif aux enfants qui le vivent.
Nous ne rencontrons pas de difficultés particulières, nous nous partageons les tâches du quotidien et profitons à fond de chaque instant.
Nous vivons notre meilleure vie !

